Prêts étudiants: La prochaine crise financière ?

09/10/2018 à 10:00

Les prêts étudiants, le scandale

A peine entré dans l’âge adulte, l’étudiant est de plus en plus confronté à la situation de devoir emprunter de l’argent pour construire son avenir. Et plus les études sont longues, plus le prêt sera conséquent. Dans certains pays, comme aux Etats-Unis, cette problématique d’endettement est devenue très problématique. Les études ne seront plus réservées bientôt qu’à un nombre restreint de personnes pouvant s’engager financièrement sur le long terme. La France et la Suisse risquent-elles un effet de contagion ?

 

Un endettement à vie

Au vu des frais d’inscription énormes, des taux d’intérêt atteignant des records, il y a aux Etats-Unis plus de 43 millions de personnes écrasées par le poids des prêts étudiants contractés quelques années avant. Prenons l’exemple de Kate. A 50 ans, elle continue de rembourser les intérêts de son prêt d’étudiante, à raison de 500 dollars par mois. Cela signifie qu’elle aura fini de payer son emprunt à soixante-dix ans, et que surtout, son prêt étudiant de 90 000 à l’époque lui aura coûté 300 000 dollars !

 

Des taux d’intérêts scandaleux

La crise profonde de la dette étudiante est bien ancrée dans le système de vie américaine, générée à la fois par l’explosion des frais universitaires et par des taux d’intérêts scandaleux. Selon les observateurs, le montant de la dette globale en 2018 s’élève à 1 260 milliards de dollars. C’est-à-dire plus de 400 % par rapport à 2004. Plus de 43 millions de personnes sont reliées à un prêt étudiant, avec 11% d’entre elles qui ne peuvent plus rembourser leurs échéances, contre 6,3%, en 2004. Se dessine dans ce contexte alarmant une véritable bulle financière. Les politiques essaient en vain de trouver une situation d’apaisement. Lors de la dernière campagne présidentielle, les candidats n’ont pas manqué de proposer des aménagements pour alléger ce qui devient une véritable tempête dans les familles. Sanders avait proposé la gratuité des universités publiques. Hillary Clinton s’était engagée à supprimer les frais de scolarité pour les familles percevant moins de 85 000 dollars par an. Nous connaissons la suite…

 

Faillite personnelle

Mais il faudrait pour réaliser ce tour de force parvenir à réduire les avantages fiscaux dont profitent les grandes fortunes. Les américains nous envient. Ils aimeraient un système public et gratuit efficace qui pourrait relever le défi des institutions privées : dispenser un enseignement de qualité sans discrimination de tranche fiscale. Mais il est difficile de songer à une réforme en profondeur du système. Seules les gouttes d’eau pourront peut-être, à terme, apporter des solutions compensatoires. Le problème, c’est que la grande majorité des jeunes qui ont emprunté pour leurs études sont aujourd’hui, malgré une vie active, totalement coincés par les remboursements qui semblent ne jamais vouloir se terminer à cause d’une trop forte pression des taux d’intérêts. Les personnes paient toute leur vie, avec des remboursements qui greffent bien souvent plus de 20% de leur salaire. Certaines personnes ayant atteint un haut niveau de compétences se trouvent aujourd’hui encore, à 50 ans, dans une situation financière précaire, du fait de cette dette étudiante qui continue encore de les paralyser.

 

Optimisme en berne

De fait, aujourd’hui, la grande préoccupation des américains est de savoir comment ils vont bien pouvoir gérer les études de leurs propres enfants, puisqu’eux-mêmes sont encore débiteurs d’une dette étudiante. C’est un cercle vicieux dont l’issue n’est pas pour rassurer les plus optimistes. Les parents savent que les trois quarts des étudiants commenceront leur carrière avec déjà une dette pouvant atteindre les 100 000 dollars et que 10% d’entre eux finiront par jeter l’éponge et se déclarer en faillite.

 

La réalité aujourd’hui

Aux Etats-Unis, l’envolée des frais de scolarité a atteint un niveau record. Le retrait de l’Etat du financement de l’enseignement supérieur et l’explosion des investissements ont créé un effet de séisme. A cela s’ajoute une arrivée pléthorique d’étudiants voulant s’intégrer dans la classe moyenne. Malheureusement, toutes les universités n’ont pas la même réputation. Et certains étudiants empruntent jusqu’à 60 000 dollars pour se retrouver, faute de place, dans un job précaire.

 

L’influence américaine

Le système libéral américain s’est illustré depuis 40 ans par la valorisation des établissements principalement financés par les frais de scolarité, auxquels s’ajoutaient des bourses de l’Etat. Beaucoup de pays ont suivi ce système avec plus ou moins d’ampleur. Cela a permis l’émergence d’une sorte d’excellence dans les infrastructures. A côté, nos établissements français paraissent bien fatigués, mais c’est un moindre mal. Nos étudiants ne sont pas encore broyés par le monstre universitaire.

 

Paralysie sociale

Ce qui arrive aux Etats-Unis peut-il nous atteindre ? Imaginons un instant cette conjoncture en France, ou en Suisse. Cette situation finirait par anéantir la classe moyenne, comme aux Etats-Unis. Elle serait un empêchement surtout à la mobilité sociale. Seuls les enfants de familles aisées auraient accès aux universités les plus prestigieuses et les plus chères. L’ascenseur social serait alors bloqué. L’université, loin de sa philosophie humaniste, deviendrait la plus discriminante des machines.

 

Le paradis du prêt d’études en Suisse

A la différence des bourses qui ne demandent aucune restitution, les prêts correspondent à des montants remboursables en fin de ta formation. En Suisse comme en France, contrairement aux Etats-Unis, ces prêts ne portent pas d’intérêts. C’est une chance !  Selon les derniers chiffres publiés par l’Office fédéral de la statistique (OFS), les cantons allouent environ 280 millions de francs par an sous forme de bourses contre 30 millions sous forme de prêts. En réalité, un habitant sur cent peut compter sur une bourse, contre un sur mille pour un prêt bancaire. Toutes les demandes sont à faire dans le canton d’origine.

 

Une protection française

Dans certains cas, l’état peut se porter garant, ceci permettant à des profils ne disposant pas de famille de s’investir quand même dans des études de leur choix. Ce dispositif est limité à 5 banques : la Société générale, le Crédit Mutuel, le CIC, les Banques populaires et les Caisses d'épargne du groupe BPCE. Des remboursements qui s’étalent sur 2 à 6 ans. Vous avez également la possibilité d’effectuer un remboursement anticipé, sans pénalités. Autant dire que vous ne rembourserez pas toute votre vie vos cinq années d’études. Mais pour combien de temps encore ?

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